Les Français et le nombre d’élus

Les Français et le nombre d’élus
Téléchargez les résultats détaillés du sondage réalisé par l’Ifop

 

Les Français attendent de leurs représentants qu’ils sachent remettre en cause notre dispendieux système de représentation et d’administration.

Hostilité unanime au cumul des mandats

Le climat actuel de crise des finances publiques accentue les critiques des Français envers leur système politique. Nos deux précédentes ont montré à quel point l’opinion s’inquiète des déficits publics, exige de les voir résorber par la baisse des dépenses et pas par la hausse des prélèvements, et le regard critique que les Français portent sur le laxisme de la gestion de beaucoup de collectivités territoriales. La dernière enquête de l’IFOP pour l’Observatoire de la fiscalité et des finances publiques met en lumière un autre aspect de cette attitude critique. Invités à se prononcer sur l’organisation générale de notre système politico-administratif, les Français le jugent trop dispendieux. Le nombre de nos élus est jugé excessif par deux Français sur trois. Les électeurs de droite sont encore plus nombreux à déplorer cette situation que les électeurs de gauche, peut-être parce que la gauche est actuellement fortement présente dans les collectivités territoriales, fortes pourvoyeuses en élus. Notre système de représentation est jugé pléthorique, avec un nombre de niveaux excessif. En période de vaches grasses, l’électeur se contente d’observer que la création de nouveaux niveaux (la région, l’intercommunalité, l’Europe) ne s’accompagne jamais de la disparition de niveaux existants. Le millefeuille ne peut que s’étoffer. Mais quand tout le monde sait qu’il faut trouver des économies, ce lourd dispositif est remis en question. Plus des trois quarts des Français souhaitent aujourd’hui qu’on élimine au moins un de ces niveaux (86 % à droite, 68 % à gauche). Le niveau intercommunal est le premier candidat à la suppression puis le département, deux fois plus cité que la région, qui a donc su, malgré sa relative  jeunesse, convaincre les Français de son utilité.

En ce qui concerne les cumuls de mandats, l’hostilité traditionnelle des Français est devenue quasi -unanime (93 %) et se retrouve dans toutes les catégories de population L’idée qu’un élu puisse s’acquitter bien de plusieurs fonctions électives à la fois choque l’opinion. Elle y voit la création d’une classe politicienne omniprésente qui mène sa carrière en jouant sur plusieurs tableaux et en se protégeant ainsi des aléas de l’élection. En attendant l’interdiction du cumul des mandats – promise par beaucoup mais toujours remise à plus tard dans son application – les Français sont très hostiles au cumul des rémunérations pour les élus exerçant actuellement plusieurs mandats. Au total, ces résultats indiquent qu’en période de crise, les électeurs attendent de leurs représentants qu’ils sachent remettre en cause notre dispendieux système de représentation et d’administration, faute de quoi le fossé continuera de se creuser entre électeurs et élus.

Michel Brulé, fondateur de l’institut BVA.